Le roi Baudouin, souverain exemplaire face aux dérives morales de notre temps
Vincent DUJARDIN, professeur à l’Université de Louvain, ancien président de l’Institut d’études européennes. Auteur de Baudouin, un roi face aux crises de son temps - les révélations des archives inédites (Mame)Du 3 au 5 avril 1990 se déroula un épisode mémorable, pour ainsi dire unique, dans la vie politique contemporaine. Pendant 36 heures, le roi Baudouin cessa d’exercer ses fonctions de monarque. Volontairement. Pour ne pas souiller sa conscience en signant la loi dite Lallemand-Michielsen, qui dépénalisait l'avortement sous certaines conditions. En tant que chef de l'État, le roi des Belges devait sanctionner et promulguer la loi. Or, le souverain catholique estima qu'il lui était moralement impossible de le faire. Pour éviter une crise institutionnelle, le gouvernement trouva une solution inédite fondée sur l'article 93 de la Constitution belge en constatant que le roi était temporairement « dans l'impossibilité de régner ». Le roi Baudouin avait écrit au Premier ministre Wilfried Martens pour lui faire part de son « grave problème de conscience ». Rappelé à Dieu en 1993 à l’âge de 62 ans, Baudouin affronta de nombreuses crises, de la décolonisation à la « grève du siècle » de 1960. Sur bien des fronts, il s’engagea toujours au service du bien commun. Son attention à l’égard des personnes frappa tous ceux qui le rencontrèrent. Il embrassa des combats comme celui de la lutte contre la traite des femmes. 45 chefs d’État assistèrent à ses funérailles. En septembre 2024, le pape François, au cours de son voyage en Belgique, salua le courage du roi Baudouin dont il ouvrit la cause de béatification. C’est dans ce contexte que tout un chacun peut accéder à ses carnets personnels et à d'autres archives inédites, présentées par Vincent Dujardin, professeur à l’Université de Louvain. Celles-ci contiennent de nombreux extraits éloquents, voire touchants, en particulier quand le roi Baudouin et la reine Fabiola vécurent l'épreuve de ne pas avoir d’héritier. De nos jours, alors que la confusion des repères s'amplifie, le monarque belge représente un phare dans la nuit.